[INTERVIEW] Mathieu Questel : Maromme Angeles

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Originaire de Maromme, cet artiste autodidacte transmet aujourd’hui sa passion de la culture américaine à travers une série d’oeuvres qu’il expose dans toute la France. Interview d’un jeune peintre talentueux, qui partage sa vie entre la normandie et la Californie. 

Vous êtes un jeune artiste normand qui a grandi à Maromme dans les années 80-90. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre enfance ici et la naissance de votre fibre artistique ? 

Je suis né en 1981 et j’ai passé toute ma jeunesse à La Maine. Durant cette période, je me suis fait beaucoup de copains de quartier avec qui j’ai grandi. Nous étions un groupe de potes multi-ethniques, aux personnalités différentes, c’est ce qui faisait notre richesse. Pendant mon enfance et mon adolescence, je vivais l’art à travers les peintures de mon grand-père Jean-Marc qui était un peintre contemporain représenté par la galerie Rollin. Il exposait souvent dans sa Normandie natale. C’est comme cela que l’éveil sur l’art s’est fait.

L’envie de faire de l’art votre métier vous est-elle venue très jeune ? Si oui, avez-vous suivi un cursus spécifique pour y arriver et quel a été votre parcours professionnel ?

Vers l’âge de 17 ans, je rencontre par le biais du hockey sur glace à Rouen, un joueur avec qui je deviens ami et qui me fait découvrir l’univers du graffiti et tous ses codes. Durant presque 5 ans, dans les hangars désaffectés de la ville, je fais connaissance avec de nombreux artistes de la scène rouennaise (Idem, Mozaik, Ecloz…) qui ont contribué à enrichir ma culture artistique. Cette fibre grandissant, j’ai opté pour les Beaux-Arts du Havre après mon bac. Ne voyant aucune évolution professionnelle je me suis finalement redirigé au bout d’un an en école de commerce. Ensuite, je me suis orienté vers une école de communication pour y apprendre l’infographie et le développement web. 

En 2013, l’envie de faire découvrir mon travail s’est concrétisée par le biais de la peinture digitale. J’ai produit une série de portraits issus de la pop culture Américaine en impression digigraphique, épaulé par la société Epson qui m’a pris sous ses ailes et m’a trouvé différents lieux d’exposition à Paris. Mon engouement pour l’art ne cessant de croître, j’ai décidé de stopper le digital trois ans plus tard pour reprendre les pinceaux ; une façon pour moi de revenir à la matière et de me sentir plus authentique, plus légitime. Fasciné par la culture outre-Atlantique, je suis alors parti à la rencontre de la jeunesse Californienne pour livrer des portraits intimes de son âge d’or.

De manière générale quelles sont vos sources d’inspiration, et comment décririez-vous votre style ? 

J’ai voyagé à travers l’Amérique du Nord durant mon enfance. Les paysages, la mode vestimentaire, la musique rock et métal, le style de vie et la culture de cette époque m’ont fortement marqué.  L’American Way of Life des années 90 se retrouve dans mes toiles avec des attitudes de jeunes gens qui respirent la liberté et la transgression. Aujourd’hui encore, je séjourne fréquemment en Californie où je trouve mon inspiration. Durant ces voyages je prends beaucoup de photos pour alimenter et retranscrire sur la toile mes futures peintures. Je suis un peintre figuratif qui représente des hommes et des femmes fréquemment liés à la culture skate et rock’n’roll. Ma peinture se focalise actuellement sur l’étude des lumières et des contrastes pour tendre progressivement vers le réalisme. Cet univers artistique est prédominé par la couleur bleue qui représente pour moi la sagesse et l’évasion. Il s’agit d’un bleu « teal », qui a tendance à frôler le vert, celui que l’on retrouve dans le ciel Californien. Cela me permet de toujours rester connecté avec ma ville de cœur…

Quels sont vos projets pour les années à venir ? 

J’ai un nouveau projet artistique en cours d’élaboration. Cela fait 5 ans que je peins, je suis passé par différentes étapes de peintures, de techniques, de démarche artistique tout en gardant une certaine identité. Aujourd’hui je souhaite conceptualiser, approfondir mon travail, ma démarche artistique autour de ma propre vision du monde, entre nostalgie, changement, histoire, voyage dans le temps… tout en restant authentique. Je veux raconter des choses, faire réfléchir, porter des messages car jusqu’ici je ne faisais que représenter des personnages issus de mes shooting photos. Mes prochaines toiles garderont l‘esprit des précédentes, mais dans des contextes et situations très différents, à la limite de la science-fiction…

Pour conclure, que diriez-vous à un jeune artiste marommais qui débuterait aujourd’hui ?

 Je lui dirais de suivre sa passion artistique, de se former le plus possible. Dans le contexte actuel, un artiste qui se veut professionnel doit savoir ce qu’il veut et ce qu’il souhaite atteindre. Il doit chercher une polyvalence non seulement artistiquement mais aussi commercialement pour articuler ces ventes afin de vivre de son art ; c’est essentiel. Il doit savoir remettre son travail en question en permanence et évoluer aussi dans sa démarche artistique. Un artiste professionnel est, pour moi, obligé à l’heure du numérique, de maitriser les réseaux sociaux afin de communiquer son travail auprès de son public et de ses futurs acquéreurs. En définitive, savoir articuler ses ventes directes, celles de ses galeries, des foires d’art, des ventes aux enchères. C’est du travail !